Mémoires futures

De la plante qui vient à toi

 

Recueil de texte et photographies pour une approche intuitive et co-créative en parfumerie et phytothérapie.

Extraits du futur ouvrage d’Eric Reiffsteck, paysan parfumeur :

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La prise de conscience de l’altérité

Avant mon immersion en pleine nature, j’étais comme beaucoup de citadins, un peu comme le bébé qui se perçoit comme le centre du monde où tout gravite autour de lui. Les émanations olfactives de la plante nous enveloppent et nous mettent dans un état de conscience où nous faisont corps avec notre environnement. Nous y ressentons mieux l’altérité. À comprendre la plante, en étant réceptifs aux signaux olfactifs qu’elle nous transmet, nous prenons conscience de notre place face aux êtres vivants non humains et pouvons entamer le chemin d’une reconnexion à la nature pour atteindre notre nature véritable.

La plante via ses fragrances et l’état particulier où ceux-ci nous amènent, est comme un canal qui nous ouvre un chemin pour mieux appréhender les grands changements environnementaux et sortir de notre torpeur.

J’ai perdu cette arrogance humaine, qui se pense comme l’aboutissement de l’évolution. Je perçois plutôt que chaque être est au bout de sa propre évolution. Ainsi l’eucalyptus qui a traversé près de 600 millions d’années, tout comme le moustique, sont aujourd’hui à l’aboutissement de leur évolution de branche. Et c’est un processus qui n’a de cesse de continuer. L’eucalyptus ou le moustique n’ont pas les mêmes besoins que moi, humains. Ils ont selon toutes vraisemblances des capacités hors du commun que je n’ai pas et réciproquement j’ai des capacités que eux n’ont pas. Nous sommes différents dans notre essence, notre incarnation.
Comprendre, sentir que nous faisons partie du tout permet de se connecter à soi même. Nous ne sommes plus des êtres isolés. Je fais partie d’un mouvement qui s’appelle la vie et j’interagis avec mon écosystème, mon biotope. A ce titre, j’ai une co-responsabilité à respecter ceux qui comme moi, effectuent dans le même temps cette expérience d’incarnation dans quelconque des règnes, minéral, végétal ou animal.

de la situation du monde

En tant que paysans, nous sommes aux premières loges pour appréhender les grands changements climatiques. Que ce soit par des intempéries, des températures inappropriées, des nuées soudaines d’insectes ravageurs et des maladies inconnues qui se développent. Ces phénomènes affectent les récoltes et rendent la vie paysanne plus difficile encore.

Nous l’entendons, le lisons, le voyons, l’expérimentons tous les jours. Des millions d’insectes, de mammifères, d’oiseaux, de plantes disparaissent chaque jour de part notre mode de vie. Dans notre arrogante posture d’Homo sapiens, nous avons inexorablement altéré le biotope communs que nous partageons avec nos colocataires non humains.

Face au défis herculéen qui se présente à l’humanité la responsabilité qui est là nôtre envers les autres règnes, le sentiment d’être dépassé par la tâche peut être fort. L’impuissance devant les désastres qui s’amoncellent ne devrait pas laisser place aux effets collatéraux qui sont l’inaction et le “à quoi bon” .

Tous ensemble, nous devons nous reconnecter à la nature, notre nature. L’humain doit changer sa conception du monde dans un rapport non violent. C’est la reconnection à ce lien originel qui nous aidera à briser l’autosuffisance humaine et nous sortir de l’ornière dans lequel nous avons placé notre humanité.

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